Comparatifs, jambon et ananas

Avant-hier, j’ai publié quelques impressions suite à un vol sur Jamón Air entre Paris et Madrid. Cela a fait réagir une fidèle lectrice de ce blog, qui s’est émue des comparaisons bien plus défavorables que l’on peut faire quand on observe les prestations sur les long-courriers. Et elle s’est empressée de m’en donner des nombreux exemples.

A la suite d’un vol Boston-Paris, avec moins de miles offerts que la distance géographique affichée entre les deux villes, j’avais évoqué la théorie de la conserve d’ananas : toutes les rondelles dans une même boîte de conserve ont le même diamètre, mais certaines marques mettent beaucoup de jus pour réduire le diamètre de fruit. Ma fidèle lectrice a aussi vu des rondelles naines dans les prestations en vol.

Elle a comparé deux liaisons entre l’Europe et Singapour, en classe bizbiz. Le pain chaud offert en business, ce qui a été abandonné chez Air Napoléon, c’est certes un détail, et pas vraiment plus cher, comme quelques millimètres de plus pour la rondelle d’ananas. La prise de commande au départ du vol, pour vous apporter le bon menu et surtout pour préparer un plateau sur-mesure au petit déjeuner, c’est encore un bout de rondelle qu’on ne trouve pas chez Air Napoléon. A la place, on a la prise de bec au réveil, parce que l’hôtesse de la rangée de droite gueule à celle de la rangée de gauche « t’aurais pas encore un plateau avec de l’omelette ? » faute d’avoir pu estimer à l’avance le nombre de crêpes et d’omelettes à réchauffer de chaque côté. A propos de nourriture, on distinguera aussi la gastronomie à la française, en sauce, c’est  à dire que tout le plat baigne dans son eau de cuisson, de celle offerte par d’autres compagnies qui réchauffent chaque met séparément pour les disposer sur l’assiette juste avant de la servir. Mais Air Napoléon adore le tout-en-un : pour répondre au souhait  de rapidité de service exprimé par ses passagers les plus fidèles, la compagnie propose « un choix unique d’entrée ». Unique ne veut pas dire exceptionnel, il veut dire qu’il n’y a pas le choix (« sinon, aurait mis un s à entrée », m’a signalé dernièrement un steward érudit). Néanmoins, comme tout le monde n’aime pas le poisson, ou le gibier, l’entrée unique mélange des gambas avec du foie gras, ou du saumon avec de la dinde. Vous préférerez alors avaler la gauche ou la droite de l’assiette, selon qu’on vous sert du vin blanc ou du rouge. Le principe a un grand avantage : il permet de justifier l’absence de prise de commande par le personnel navigant avant le service, dès lors qu’on reçoit un plateau standardisé. Mais les meilleures compagnies s’entêtent à proposer plusieurs entrées.

Dans l’épaisseur d’ananas, on peut aussi parler de la disponibilité de l’équipage pendant le vol. On a parfois l’impression que le PNC d’un long courrier Air Napoléon passe plus de temps en repos que les passagers. Pour cela, il n’assure qu’un seul passage pour débarrasser les plateaux-repas, quitte à ce que la cabine bizbiz passe un tiers du temps avec un fond de verre et une assiette vide sur les genoux. Ils ne surveillent pas en permanence la cabine, et peuvent vous laisser seuls plusieurs heures d’affilée, pendant qu’on vole vos affaires personnelles, que votre voisin s’étouffe dans son siège ou que l’ensemble des passagers se les gèle parce que le chauffage est mal réglé. Néanmoins, on ne peut pas mourir de soif car Air Napoléon ouvre un bar pendant la période de sommeil sur le vol. Il y a quelques cacahuètes et du jus d’ananas en libre-service (et tous les cadavres de bouteilles et emballages vides que d’autres passagers ont laissé avant vous). L’open-bar c’est séduisant, on peut se servir sans limite. Néanmoins d’autres compagnies préfèreront garantir un passage régulier de l’équipage en cabine, avec quelques verres d’eau, jus de fruits et snacks, voire plus car on va chercher au bar tout ce que vous demanderez.

Bien sûr, le plaisir d’un déplacement aérien se mesure aussi dans la prestation au sol. Depuis le sourire  -ou non- à l’enregistrement (Air Napoléon vous invite à vous enregistrer avec un automate), les accords ou non pour bénéficier du fast track au contrôle, la fluidité de l’embarquement (avec une réelle ligne bizbiz ou un leurre qui vous remet dans la queue commune d’accès à la porte de l’avion) et le temps d’attente des bagages à l’arrivée (on ne reviendra pas ici sur le caractère uniquement décoratif du tag priority de certaines compagnies).

On pourrait évoquer bien d’autres choses. Le système de divertissement en vol par exemple. Ou le confort des sièges, car plat ne veut pas forcément dire horizontal, la ceinture de sécurité s’apparentant parfois à un équipement d’alpiniste (les ingénieurs Air Napoléon semblent avoir conçu les sièges sur un avion qui décolle). Ou encore la gestion des turbulences (en pleine nuit, rappeler en six langues qu’il faut attacher les ceintures, c’est parfait pour s’assurer que tous les passagers, même les plus endormis, aient bien entendu). Mais arrêtons là ce comparatif, pour inviter chacun à se faire une idée par soi même.

Chacun verra ainsi qui propose le plus d’ananas, et à quel prix. Sauf quand, pour des raisons historiques et politiques (assaisonnées club2balles), l’aéroport ne vous propose qu’une marque de conserve, sauf quelques exceptions cachées tout en bas de l’étagère.

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