Sucré-Salé à Rabat-Salé

Hier samedi, environ 25 minutes après l’heure d’embarquement affichée, soit quelques minutes avant l’heure théorique de décollage, près d’un guichet vide devant la porte n°2 de l’aéroport de Rabat-Salé, une dame âgée et respectable m’a demandé très poliment si c’était bien là, « l’embarquement pour les passagers business ». Je n’avais vraiment pas très envie de lui expliquer qu’il était fort probable, malgré la pub tapageuse pour Sky Posterity et les prétendus avantages de la classe bizbiz, qu’il lui faille aller se battre dans le troupeau bruyant, désorganisé et impatient, qui s’agglutinait alors devant le guichet voisin.

J’avais précédemment aperçu cette dame au salon (qui dans le tout nouvel aéroport de Rabat ressemble surtout à un couloir avec des sièges, une unique prise électrique déjà mobilisée pour recharger un téléphone et un wifi dont le code est « loungeclass », mais on le capte mieux lorsqu’on s’installe à l’extérieur). Elle avait à son arrivée gentiment insisté, auprès de l’employée chargée du contrôle des accès (métier difficile puisqu’il est possible d’entrer par chacune des extrémités du couloir) sur la beauté des lieux et le mobilier neuf. Elle avait ensuite bataillé, avec beaucoup de patiente et d’élégance, avec un serveur chargé des boissons, pour avoir un verre d’eau, alors qu’il lui proposait du café ou du thé vert, et pas d’autre option.

Je n’avais donc pas envie d’avoir à lui dire que tout n’est pas si beau. Heureusement, une employée du sous-traitant local en charge de l’embarquement, percevant l’inquiétude dans la voix de la passagère et entendant aussi mon soupir embarrassé, a pris l’initiative – en pleine infraction avec la règle et la procédure – d’enregistrer celle-ci et de la faire avancer vers la porte. Je ne suis pas sûr que c’était vraiment un cadeau, car une fois dans la passerelle entre la porte et l’avion, la dame a dû longuement attendre que  la suite de l’embarquement se déroule, qu’une partie du troupeau formé par les autres passagers la rejoigne, qu’on vérifie une seconde fois les cartes d’embarquement collectées, en les passant à la machine cette fois, qu’on détecte parmi elles un billet Paris-Marseille remis par erreur, qu’on retrouve le passager et comprenne qu’il avait simplement confondu avec le carton d’embarquement pour son vol suivant, qu’on recompte une nouvelle fois l’ensemble des billets et qu’on donne enfin de feu vert pour que les passagers puissent avancer vers l’avion, la dame âgée s’étant au bout de tout ce temps retrouvée en fin de peloton.

J’ai embarqué bien plus tard, dans ce processus fastidieux de contrôles et re-contrôles par vagues, successivement stockées dans la passerelle d’accès, en me disant qu’il faudrait beaucoup de patience et de conduite du changement pour mettre en place, dans cet aéroport neuf, avec ses deux portes d’embarquement et son unique vol de l’après-midi, le concept Sky Posterity, idéalisé par des experts marketing sédentaires tout fiers de leur logo rouge et de l’animation flatteuse qui en promeut les avantages.

C’est d’ailleurs de cela et d’autres déboires que j’ai discuté dans l’avion, avec un personnel navigant sympathique et dévoué, quoiqu’un peu embarrassé de servir encore et toujours les mêmes biscuits de Grand-Mère Poularde, et avec ma voisine avec qui j’ai parié que le groupe d’adolescents, après avoir torturé leur professeur pendant tout le vol, applaudiraient à l’atterrissage.

Réponse dans un prochain article

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