Alerte en vol et panique en altitude

A l’origine, je devais vous parler de trois blondasses qui se remaquillaient un vendredi soir dans le métro parisien. Mais une discussion avec un passager voisin, instructeur militaire, et une mamy-hôtesse faceliftée, dans l’avion entre Atlanta et Honolulu, me conduit à évoquer un sujet bien plus croustillant : nous avons discuté des détournements et autres accidents d’avion, et des films qui les relatent. La discussion a démarré à propos de l’un de ces films, mis à l’affiche ce mois-ci par le système de distraction en vol, mais il se fait que j’en ai récemment vu un panel important.
Que ce soit sur le téléphone aPhone d’Ippel ou de Simsung, ou sur la tablette aPattes des mêmes founisseurs, mon opérateur de téléphonie mobile m’offre en effet désormais une application TV, pour suivre en direct ou différé des chaînes généralistes ou low cost. Il semble que ce service est en fait disponible depuis quelques temps, mais n’étant pas grand consommateur de télévision, parce que peu souvent à mon domicile ou parce qu’il y a mieux à faire, je ne m’en étais jamais préoccupé. Au début de l’été, le service clientèle de mon opérateur m’a appelé pour faire un point sur mon forfait, en réduire au passage le coût, m’offrir un nouveau téléphone, s’assurer que j’étais toujours content d’être leur client, rembourser trois SMS émis depuis l’Allemagne parce que c’est quand même absurde de facturer uniquement les SMS dans un forfait ou tout le reste est illimité, et donner le nom de la personne qui est en charge de faire évoluer ce fonctionnement d’ici la fin de l’année. C’est à cette occasion que ce service client tellement différent de ce qu’on connaît chez Air Napoléon m’a présenté l’offre TV aphone et m’a conduit à regarder quelques films. Or il semble que toutes les chaînes bas de gamme à séries américaines des années nonante, qui d’habitude diffusent en boucle des films de Funès, se sont décidées cette année à programmer des navets aériens : Alerte en altitude, Panique en vol, Air Rage, Orages dans l’avion….
Et ces films ont deux constantes : il y a toujours un passager qui râle et une hotesse qui fait atterrir la machine.

Le passager qui râle est désagréable, empoté, attaché à son téléphone portable et à son gin-vodka. Il arrive bougon à l’entrée de l’avion, ce qui lui vaut un service médiocre par un équipage vengeur. Comme on lui donne toutes les raisons de râler, et lui arrose la chemise de ce qui s’avère être plutôt un gin-coca, le passager râleur est encore plus furieux, et le personnel naviguant se trouve conforté dans l’idée qu’il ne mérite pas d’effort. On serait plus avenant avec lui s’il daignait se montrer plus avenant. On dirait que les réalisateurs aériens ne castent que des hôtesses Air Napoléon, avec leur service client à la française (scolaire et prétentieux) : ce n’est pas parce que le client a payé pour être là que le personnel qui est payé pour être là lui doit quelque chose, s’il veut un service il faudra qu’il soit sage, respectueux et qu’il ait une bonne tête. Et là, le passager râleur n’a aucune chance car on a bien sûr choisi pour ce rôle un acteur au physique disgracieux.
Deux rangées derrière dans l’avion se trouve toujours un passager favorisé. Ce sera un héros quand un peu plus tard des terroristes tenteront de prendre le contrôle de l’avion, ou lorsque la foudre s’abattra en libérant des serpents venimeux, des araignées mécaniques et un dangereux criminel pourtant bien gardé par un policier dépressif tout au fond de l’avion. Le passager favori est beau, sportif et milionnaire, mais surtout il a le bras long et la carte ClubZéro des corruptibles qui va avec. Toutes les hôtesses sourient quand elles passent devant son siège première classe. Il est assis là parce qu’on l’a naturellement surclassé. Et les hôtesses sourient parce qu’on leur a appris à favoriser les bras longs. Ce n’est pas parce qu’il n’a rien payé qu’il faudrait qu’il ait moins que cet emmerdeur de pax râleur. D’autant que l’acteur retenu pour le rôle a un sourire photoshoppé qui donne envie de le servir.
Encore un rang plus loin, il y a enfin un employé de la compagnie, en général en voyage de noce, avec sa jolie femme toute neuve et bien coiffée, quoique pas trop puisque ça reste un second rôle, qui s’inquiétera lorsque son jeune mari aidera le passager favori et une hôtesse héroïque à sauver l’avion, l’humanité et les trois moutards attendrissants qui – phénomène absolument irréaliste – restent sages et attachés durant tout le vol, sans brailler même lorsque la moitié des hublots auront éclaté et que les serpents carnivores auront dévoré leur grand-mère. A propos de grand-mères, mais aussi d’oncles, de cousines et de voisins, ils accompagnent tous les jeunes mariés en voyage de noce, puisqu’ils bénécient du tarif GP gratuité partielle offert au personnel de la compagnie et à leurs proches. Bref, entre le favori surclassé, la tribu de GP, le policier en service et son prisonnier, les mygales embarquées par erreur et les gamins qui ont bien sûr moins de six ans, le seul qui finance le vol est le passager râleur. C’est peut-être d’ailleurs pour cela qu’il râle.
Enfin, le tableau serait incomplet si on ne présentait pas l’hôtesse héroïque. Blonde et célibataire depuis peu, elle se révèle être une catcheuse de choc, abattant l’ennemi à coup de gobelets en plastique et d’articles duty free, puis soignant le pilote avec une trousse benjamin secouriste et un long baiser langoureux (quoiqu’elle préfère les dents blanches du passager favori dans d’autres scénarios). Elle garde son sang-froid, enfin presque, car au début ses hésitations accroupie sous un siège devraient donner la honte aux instructeurs qui forment les PNC aux situations d’urgence. Mais surtout, dans absolument tous les films aériens diffusés cet été, l’hôtesse héroïque, après une troisième agonie, définitive cette fois, du commandant, du copilote et de toute personne dans l’avion ayant quelque notions de pilotage, va poser impeccablement l’appareil en suivant les consignes, a prioiri pré-enregistrées puisqu’elles sont identiques dans les différents scénarios, de la tour de contrôle.

Cette conclusion systématique devrait donner quelques idées aux dirigeants des compagnies qui tentent d’en redresser les finances. Les hôtesses blondes et célibataires sont aptes, pour un coût salarial qui devrait rester raisonnable, à remplacer les pilotes, entre deux distributions de snacks infects (dans « Vol Air Napoléon 281 en détresse) » ou payants (dans « Panique sur Dalton Airlines »).
Bien sûr, Hollywood est peut-être légèrement caricatural. Mais l’autre soir,quand trois jeunes blondes célibataires en micro-jupe dans le métro parisien ont, tout en se remaquillant, discuté de copains potentiels, elles ont rigolé bien fort à propos de celui qui veut programmer un robot dragueur, pour chatter automatiquement avec les hôtesses en ligne sur adopteunsteward.com. Puis elles ont dressé un comparatif détaillé des langages informatiques en identifiant ainsi le plus adapté pour créer le fameux robot. Trois blondes qui déroulent une analyse scientifique un vendredi soir dans le métro… je me dis que finalement tout est possible, entre les caricatures et leur contraire.

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