Mégère en chef

Ce message, remis à l’issue du vol, est rédigé avec l’espoir qu’Air Napoléon, compagnie autrefois à la pointe, de ce fait toujours prétentieuse, mais fortement déclinante et décevante car incapable de s’adapter, se recentre enfin sur ses passagers. Avec quelques mesures immédiates : en tuant son ClubZéro (corrompre n’est pas bon pour la qualité générale) et l’aberration anti-clients-fréquents Miles&Blues (machine à gaz sous-traitée, qui ne sait plus où est le client entre ses fausses promesses et vrais dysfonctionnements). Ou avec une approche plus radicale :  mettre en faillite la compagnie et reconstruire (plutôt que de perpétuer comme aujourd’hui la lourdeur, la complexité, le regret du passé et la médiocrité).

Ça faisait quelques mois que je n’avais plus fait un vol Casa-Paris avec Air Napoléon. La compagnie a enfin réinvesti sur cette ligne vache-à-lait. Avec un nouveau prestataire au sol. Ce n’est plus Royal Air Momo qui faisait sa pub à l’enregistrement (« si vous aviez pris le billet chez nous, j’aurais été plus souriante et efficace »), c’est un club de débutants qui enregistre en même temps et au même endroit pour Takish et Air Napoléon. De ce fait, le panneau de l’unique queue Sky Inutility, le gadget marketing qui prétend donner la priorité aux passagers fréquents et bizbiz, n’est affiché qu’après qu’elle se soit constituée : il se résume donc à un grand sigle rouge décoratif ineffectif. D’autant que l’office qui gère l’aéroport de Casa a créé un accès premium à la douane ; mais Sky Hypocrity qui promet un passage rapide n’y donne pas accès. Une carte de la compagnie de l’Emir Ed ouvre par contre ce passage, merci à lui, ça laisse du temps pour aller au salon.

Me voilà donc au sous-sol de CMN, en bas de l’escalier marqué VIP, à l’entrée du salon Royal Air Momo qui vient d’être rénové. Il y aurait des idées à prendre si un jour Air Napoléon se décide à réhabiliter les caves de CDG que la compagnie appelle « lounges ». Il y a des prises électriques, de la lumière, une collation légère mais variée et surtout renouvelée, du wifi sans procédure complexe pour se connecter… Mais il paraît qu’on sera bientôt dirigé vers l’autre salon de l’aéroport, un peu défraichi mais surtout moins cher : il ne faudrait pas que les passagers Air Napoléon s’habituent à de tels espaces intelligemment conçus. Le temps passe vite et il faut rejoindre la porte d’embarquement. Le panneau Sky Mediocrity y est tout aussi décoratif qu’à l’enregistrement : on peut manifester en dessous, le club des débutants n’y fait pas attention.

Enfin dans l’avion, je voudrais retrouver le sourire. Mais l’accueil froid par une voix de mégère n’y est pas propice. Germaine (ou Rosalie, ou les deux d’ailleurs, ça n’a pas d’importance !), qui a retenu dans son rôle de chef de cabine surtout le mot « chef« , engueule en franglais une passagère non francophone assise au premier rang parce qu’aucune des deux ne se résout à soulever un bagage, certes un peu lourd, pour le ranger dans le rack. Air Napoléon voudrait égaler les compagnies asiatiques, ou plutôt : c’est ce dont rêve le PDG d’Air Napoléon, ce que vante le marketing et ce que disent quelques franchouillards nostalgiques qui se la racontent toujours persuadés que les champs Elysées sont le centre du monde, Blaise Pascal l’inventeur de l’ordinateur, d’internet et de l’ipatte, et Air Napoléon une compagnie leader qui opère quotidiennement le concorde 380. Dans un avion d’une compagnie asiatique, face à un bagage un peu volumineux, l’hôtesse appelle un collègue ou demande poliment à un passager de l’aider. Chez Air Napoléon, elle menace directement de mettre le sac en soute (ce qui ne règle rien : qui le portera là-bas ?) en hurlant qu’elle ne va quand même pas se briser le dos pour un bête pax.

Après avoir rangé le sac de la passagère agressée, qui finalement n’est pas très lourd, je m’installe au 4A. Je devrais être content, l’avion étant full (cfr. la vache à lait évoquée plus haut), j’ai été surclassé pour passer du siège 5A (« les yeux dans le rideau » de séparation des cabines) au 4A (« les cheveux dans le rideau« ) sans plus de confort (on est six sur la rangée 4 composées de six sièges) mais en bénéficiant d’un plateau repas amélioré. Un peu gavant puisque j’ai déjà dévoré tous les gâteaux du salon à Casa, persuadé de ne rien manger en vol, car toute personne qui a un jour ne fusse qu’ouvert le bac plastic au péchon froid de la prestation éco se refuse d’y toucher une seconde fois. Au menu bizbiz, pas de choix d’apéritif (on s’éloigne déjà du modèle asiatique…), et du péchon également, qui a dû être chaud, certes, servi sur un plateau encore plus grand que le bac gris de l’éco, qui va stagner sur ma tablette jusqu’à la fin du service, m’empêchant d’ouvrir mon PC. En effet, la procédure ne prévoit pas de  débarrasser les plateaux avant d’avoir servi le dernier des cafés, le PNC applique les procédures sans réfléchir ni réagir, et les gens qui écrivent les procédures chez Air Napoléon les pondent sur un bureau à Roissy-dans-le-Brouillard, pas sur un quart de tablette, un dimanche dans une odeur de péchon froid trop cuit, le clavier incliné, l’écran du portable mal ouvert parce que le passager devant a incliné son fauteuil, et la tête perdue dans le rideau de séparation des cabines. Derrière lequel un bébé hurle, avec une persévérance époustouflante, depuis 500 ou 600 km.

Du pain sans miette et sans saveur, pas de wifi pour aller vérifier ce que « paraben » et « deloncide » signifient (c’est avec ça qu’on fait, d’après la liste des composants imprimée sur l’emballage plastic qui s’ouvre difficilement, les lingettes imbibées bien utiles pour nettoyer son hublot ou asphyxier son voisin), pas de canada dry de la pub HIJ, pas de coca zéro de la pub AirNap : les voir dans vos avions, c’est juste un fantasme de publicistes menteurs. Comme le Pocari Sweat chez Etikhet… qui finalement va en remettre.

Ce n’est plus le bébé derrière moi qui hurle, c’est à présent sa mère, à qui on a refusé sans diplomatie l’accès aux toilettes avant. Mégère en chef et ses PNC tirent la gueule depuis Casa, il est normal que les pax suivent. Le passager chez Air Napoléon est râleur car le PNC, avec sa peur de perdre les avantages acquis et son regret de la grandeur passée, est en général aigri. Et répond sur ce vol aussi « écrivez au service pare-chocs » dès qu’on ose une remarque ou une suggestion.

J’écris donc… avec l’espoir qu’Air Napoléon, compagnie autrefois à la pointe, de ce fait toujours prétentieuse, mais fortement déclinante et décevante car incapable de s’adapter,  se recentre enfin sur ses passagers

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