Train-train alimentaire

Je viens de passer deux jours à Sarrebruck, où réside par ailleurs un lecteur régulier de ce blog, quelque part entre la taverne libanaise et le resto mexicain, quand ce n’est pas entre la kartoffelsalat et la fastenbier. Au risque de surprendre ceux qui prétendent que je suis monobnubilé par Air Napoléon, je n’ai pas utilisé ses services cette fois ; ni même l’avion, puisqu’il y a un train RailBean pour s’y rendre en moins de deux heures depuis Paris.

L’avantage du train, outre le fait que ça pollue moins, et qu’il ne faut pas vider son sac, enlever sa ceinture, ses chaussures et sortir son PC à chaque fois qu’on le prend, c’est qu’il y a de la place. Tellement de place, même, dans le modèle glacé de conception allemande, qu’on se demande si quelqu’un n’a pas discrètement écarté les rails. Pour le reste, avec le e-billet, les annonces bruyantes en cours de route, la collation servie à la place ou le téléphone qui capte mal pendant la quasi-totalité du trajet, ça ressemble beaucoup au voyage en avion. Bien que je préfère nettement la collation ferroviaire au sucré-salé aérien.

Mais il faut nuancer ce dernier constat. D’abord, parce qu’en train, on ne reçoit un plateau qu’en première classe ; en seconde, il y a le wagon bar. En avion, certaines compagnies s’entêtent à jeter, d’un hop méprisant, leurs trois cacahuètes et demi-cannette indifféremment pour chaque passager conconomy,  sans aucune autre offre de service ; mais d’autres proposent un menu certes payant mais varié, y compris en plats  chauds, comme au bar du train. Et en cabine bizbiz on sert un plateau, parfois réussi, parfois indigeste, comme partout. Alors pourquoi préférer le train ?

Peut-être suffit-il de prendre l’ICE Paris Sarrebruck de la Deutsche Bean, un matin, et de comparer le croissant qu’on y sert, grand, frais, bon, dont on imagine qu’il sort d’une boulangerie près de la gare de l’Est, à la viennoiserie industrielle, microminimisée, partiellement dégelée et en farine réductrice de miettes d’Air Napoléon, dont on comprend qu’elle est aromatisée au kérosène. Bien sûr, on me dira que les contraintes dans les nuages ne sont pas les mêmes que sur des rails : pourtant certaines compagnies proposent sur leurs vols moyen-courrier un excellent café et des croissants de qualité, parfois même encore chauds. La différence se résume en une question : propose-t-on une prestation recherchée pour satisfaire au mieux le client ou  sert-on une collation dégradée juste pour que le marketing puisse clamer que la compagnie l’offre à tous ses passagers ?

Il me faut aussi commenter l’organisation TGV Sarrebruck Paris de la SMCF, en partage de code RailBean avec son homologue allemand. Car selon les horaires, vous aurez sur cette ligne un train teuton ou une rame grenouille. Par réciprocité avec les pratiques allemandes, il faut servir sur TGV un repas aux passagers internationaux, et on dirait qu’Air Napoléon a apporté ses conseils pour cela. D’abord dans l’organisation : le passager qui enregistre à Sarrebruck reçoit un plateau tandis que son voisin embarqué quelques minutes et kilomètres plus loin, mais de l’autre côté de la frontière, à Forbach, n’y a pas droit, puisqu’il n’est pas voyageur international, ainsi que le répètent sèchement les contrôleurs à  ceux qui ne veulent pas croire à cette règle arbitraire. Ensuite, dans la qualité : si le diner allemand est copieux et équilibré, le plateau SMCF constitué de trois bacs en plastic transparent, comprend plus de plastic que d’aliments, malgré qu’il soit plein de mayonnaise et de crème… on cherche donc le petit pois et la trace de viande. Enfin, pour débarrasser : le plateau Deutsche Bean, avec ses couverts en métal et son mug particulièrement sympa aux couleurs de la compagnie, est repris dès que vous avez fini, par un équipage attentif et disponible, comme chez Luftanna ; mais avec SMCF vous voyagez jusqu’à Paris encombré par un amas jetable de plastic baignant dans son coulis de mayonnaise, trop grand pour la poubelle murale, comme sur un vol long-courrier Air Napoléon A380 où il faut regarder au moins trois films pour que le PNC, ayant conduit son chariot de cantine jusqu’au galley arrière, vous débarrasse de votre plateau bizbiz.

Bien sûr, pour un trajet de deux heures, que l’on préfère souvent mettre à profit pour rédiger un rapport que pour manger de la haute cuisine, tout cela est quelque peu futile. Mais c’est quand même étrange, qu’en matière repas en transports, on soit mieux servi au pays de l’efficacité que dans celui de la gastronomie.

 

 

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