Régime aérien

Sans doute autant pour m’encourager à rabattre l’écran de mon PC et la tablette devant moi, que par pitié de m’avoir vu travailler durant tout le vol entre Brussel et Munich jusqu’à l’ultime phase d’atterrissage, l’hôtesse blonde bavaroise de Luftanna m’a donné discrètement deux chocolats, ceux qu’on distribue parfois en dessert pour la classe conconomy.

C’est à cet instant que j’ai pris conscience de l’exubérance du processus de gavage aérien.

Enregistré en bizbiz le jeudi en fin d’après-midi à BRU, on m’a gentiment guidé, au travers du fast track ouvert à peu près à tous à l’exception des passagers SkyBean qui sont skyprioritaires pour attendre plus longtemps, jusqu’au salon Zen-à-Tort de Luftanna. En chemin, deux fast foods et trois cafétérias annoncent la couleur : on va bouffer. Pour commencer, au salon, un peu bondé à cette heure, avec ses pyramides de sandwiches au fromage et au poulet, quoiqu’ils soient peut-être fourrés au cheval. Ensuite dans l’avion, où le plateau entrée-salade-dessert est finalement copieux malgré que, pour des raisons d’économies générales dans le secteur aérien, la place usuellement prévue pour le plat principal est à présent uniquement garnie d’un petit pain. Et il comprend déjà une sélection de chocolats, qu’il faut engloutir avec le café, qui suit le soda, le vin et l’eau gazeuse que l’hôtesse bavaroise pose énergiquement sur la table.

En correspondance à Munich, il y a un autre salon, en zone sous douane, ou plutôt deux : le Zen-à-Tort et le Bizbiz. Et je n’ai jamais très bien compris ce qui les différencie puisque dans l’un comme dans l’autre on vous sert un litre de bière, avec une salade de pommes de terre et des cornichons. Jusqu’au moment de monter dans l’avion, pour prendre une coupe de champagne ou un jus d’orange, et immédiatement après le décollage, un autre repas. C’est un vol pour Dubaï, c’est-à-dire une formule long courrier compressée sur une courte durée. La cabine s’assombrit quelques minutes puis c’est déjà vendredi et l’heure du petit-déjeuner. Luftanna me prend par les sentiments puisque la compagnie propose ce mois-ci une sélection bien belge à chaque service, que je ne peux refuser : des œufs à la flamande ; des carbonades ; des spéculoos. Ma voisine a des choix très différents, et ça me rappelle qu’Air Napoléon a réduit sa gamme pour n’offrir qu’une entrée commune et un trio de desserts identique pour tous.

AirNapo à DubaïAprès la douane et le taxi, il est l’heure d’un petit déjeuner « de travail » en terrasse d’un hôtel sept étoiles (la Bizbiz Travel Agency ayant une fois de plus organisé mes déplacements à la perfection), d’une conférence téléphonique avec l’Europe entrecoupée des visites attentionnées d’un serveur décidé à me rafraîchir, d’abord avec une serviette humide, puis avec un verre d’eau glacée, ensuite avec un frisco, et enfin avec des popcorns…

Je ne ferai pas le détail alimentaire du dîner buffet oriental le soir à Jumeirah, des en-cas proposés au salon le soir à l’aéroport (où cette fois l’offre Zen-à-Tort de Luftanna, régulièrement renouvelée car dédiée aux voyageurs fréquents, se distingue intelligemment du salon Bizbiz plus traditionnel et intemporel) et des repas prétendument légers du vol retour. C’est en effet déjà le retour, car je n’ai prévu qu’un passage éclair aux Emirats, entre 8h du matin et minuit le vendredi. C’est encore Luftanna, mais vers Francfort cette fois. Au salon à Francfort, il y a notamment des yaourts aux fraises, comme d’ailleurs sur le vol qui suit jusqu’à Paris. C’est complètement absurde, lorsqu’on enchaîne un long-courrier et un acheminement européen, on s’alimente en triple, une fois sur chaque vol et entre les deux au salon ; tandis qu’à l’arrière de l’avion FRA-CDG ceux qui n’ont rien mangé ne reçoivent qu’un substitut de viennoiserie.

Mais ce serait trop light que de s’arrêter là. J’aurais bien passé plus de temps à Dubaï, si je n’avais pris des engagements à Genève pour le WE, et donc un nouveau vol le samedi matin au départ de Paris, avec ses collations au salon et son repas en cabine. Bien sûr, on me dira qu’une fois à Francfort, il aurait été plus rapide, plus écologique et moins calorique de rejoindre directement Genève, sans escale parisienne. Mais les contraintes d’utilisation de mes billets pour la Suisse, réservés depuis longtemps, ne m’ont permis aucun échange, aucune annulation ou no-show sur le premier segment, au risque de perdre le retour du dimanche soir, sans être sûr de pouvoir le racheter à cet horaire de forte affluence. Et la légendaire intransigeance d’Air Napoléon qui opère la ligne n’a ouvert aucune solution négociée.

Aussi m’a-t-on, entre Paris et Genève, à nouveau proposé à manger. Mais je n’aime pas la cuisine invariée de Napoléon et j’ai cette fois refusé.

(et peut-être aussi n’ai-je en réalité pas avalé absolument tout ce qui décrit ci-dessus !)

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1 Response to “Régime aérien”


  1. 1 Loulou 21 mars 2014 à 14:40

    Et certains s’étonnent encore que tant d’hommes d’affaires soient bedonnants à peine quelques années après leur prise de poste….


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