A voix basse et avec le sourire

Vraiment, que ce soit en Conconomy Class ou Bizbiz Class, en long ou court courrier, j’aime bien voyager avec Kung Foo Air, une compagnie coréenne.

Séoul Kung Foo

Kung Foo à Incheon

Déjà, parce qu’il est impossible d’être de mauvaise humeur avec eux. On s’y arrange pour satisfaire le client, poliment, posément, simplement, doucement, avec le sourire et à voix basse. C’est inné et redoutablement efficace. Il n’y a pas de règles, ou alors il y en a une multitude, mais qu’on n’évoquera jamais. Il y a par contre tous ces petits gestes d’attention, ou alors simplement un état d’esprit car je ne pense pas qu’on puisse en dresser une liste complète. Un signe de la tête pour s’excuser parce qu’on vous a éventuellement dérangé en passant ; la question discrète, mais posée avant-même que vous ayez eu le temps de regretter de ne plus avoir de choix, « peut-être auriez-vous souhaité du jus d’orange ? » quand il ne reste plus qu’un  verre d’eau sur le plateau de rafraîchissements ; ou la façon de venir s’assurer que le rideau de séparation de cabine ne vous gêne pas, et de le draper soigneusement pour qu’il tienne en place. On découvre finalement que la solution de beaucoup de désagréments – parce que le transport aérien reste, quoi qu’on en dise et qu’elle que soit la classe de voyage, source d’inconfort dès lors qu’on est captif d’une boîte métallique propulsée plus ou moins horizontalement dans les airs – tient plus de la posture et du non-dit pour retrouver la sérénité, que de la mécanique réelle de résolution du problème. Et si le personnel de la compagnie n’est pas disponible à ce moment-là pour vous assurer un voyage apaisé, votre voisin sera ravi de vous aider, posément, avec le sourire et à voix basse. Et vous en ferez de même, avec plaisir et parce qu’il ne peut en être autrement.

J’aime aussi voler sur Kung Foo parce qu’on n’est jamais déçu par ce qu’on y mange. On vous y propose en priorité, et je vous recommande, le plat national, le bibimbap (비빔밥), mélange à faire soi-même de crudités, hachis, œufs, soja et autres algues, avec du riz chaud et un tube de ketchup pimenté, qu’il est sage de n’utiliser qu’avec parcimonie. C’est toujours marrant de préparer soi-même sa tambouille dans les airs, en touillant dans le bol, ou plutôt dolsot (돌솥) pour les intimes, sous le regard complice d’un voisin toujours prêt à vous rappeler combien il est sage de saucer avec parcimonie. Méfiez-vous aussi, sauf à être comme moi un grand fan de thé vert, du porridge de riz ou des autres spécialités proposées en petit déjeuner, souvent éloignées du continental breakfast auquel l’estomac du lecteur francophone est généralement plus préparé au réveil. Mais rien n’empêche de les tester, en faisant une grimace si cela s’avère finalement hasardeux : le plus souvent, on vous proposera un échange standard pour l’alternative occidentale, ou au moins un bonbon, un sourire et quelques mots apaisants, en retirant le plateau qui vous déplait.

Il faut aussi dire qu’il y a sur Kung Foo Air beaucoup d’espace. Les experts des forums de discussion sur le transport aérien calculeront peut être un pitch, en largeur, longueur et épaisseur, pour confirmer la densité de sièges et les pouces qu’on y gagne ou non ; je maintiens que l’agencement de la cabine donne au moins le sentiment d’avoir un peu plus de place, que ce soit au niveau des genoux, dans le bac à bagage où on trouve de la place sans problème, dans les allées pour se déplacer facilement, aux toilettes où il y en a quasi-toujours une de libre malgré que (ou peut-être grâce à ce que !) certaines soient réservées aux femmes, ou sur le plateau-repas qui – même en conconomy, même sur un vol court pour Busan ou Jeju – permet de poser ses couverts  sans encombre. En outre, j’ai déjà constaté que Kung Foo Air utilise occasionnellement une partie de ses sièges Bizbiz (comme le pont supérieur sur les Jumbo, ou les rangées 10-11 des B777-300, qui forment un compartiment séparé) pour offrir un confort supérieur (la prestation repas reste celle du tarif acquitté) aux passagers fidélisés voyageant au tarif Conconomy. C’est une idée intéressante qui m’amène, même si rien n’est certain, à privilégier Kung Foo quand je dois voyager vers l’Asie sans avoir le budget pour la Bizbiz. D’autant que le hub d’Incheon est particulièrement sympathique, avec une multitude de services gratuits (douches, pc en libre accès, fauteuils massants, assistance d’un volontaire pour vous  guider dans l’aéroport) ou pratiques comme le Spa On Air où l’on peut facilement tenir une réunion délassante ou même s’installer pour la nuit.

Néanmoins, même à voix basse et avec le sourire, il peut y avoir quelques confusions. Elles illustrent surtout que Miles & Blues n’est toujours pas capable de faire valoir correctement le niveau Debite Plus de ses membres envers ses partenaires Skybean. On savait déjà que chez l’américain Dalton, le vocable « Platinum », maximum atteignable avec une carte Air Napoléon, n’est que secondaire, l’attention étant portée au qualificatif « Diamond » que vous n’atteindrez jamais sauf à migrer sur le programme US. Voilà que chez Kung Foo, on ne peut choisir son siège à l’avance quand on enregistre une carte Miles & Blues. Ce que le superviseur à Paris ou son collègue en Corée corrige néanmoins en vous enregistrant personnellement, et confirmant les places dans un émail sympathique. Et vous voilà enregistré sur une rangée de sortie de secours, réputée plus confortable. Sauf qu’à l’installation dans l’avion, le PNC viendra bientôt vous demander, certes très gentiment et à voix basse, de vous désister, au profit d’une dame âgée qui souhaite voyager auprès de sa fille votre voisine. Retour au middle seat, car entre un peu de galanterie et les promesses de ce que certains vendent comme du « confort plus », on privilégie la politesse.

Principe payant, sur Kung Foo où l’on écoute les passagers et cherche à optimiser leur confort, puisque bientôt la chef de cabine, ayant compris que vous disposez, même si cela n’apparaît pas sur sa PIL, d’un statut Debite Plus chez Skybean , vous offrira un dernier déménagement, en rangée 11 des passagers fidélisés récompensés.

J’aime bien enfin Kung Foo parce qu’il y a Ariana, l’autre compagnie nationale, la concurrente qui monte et qui est si bien placée dans les classements des voyageurs fréquents. Il y a entre les deux un challenge, qui incite les compagnies à se dépasser, et donne aux passagers la liberté de choisir entre deux offres de qualité. Mais en retrouvant chaque fois un bol de bibimbap et le plaisir de touiller dans les airs.

Publicités

1 Response to “A voix basse et avec le sourire”


  1. 1 JF 8 juillet 2013 à 12:03

    Je confirme que Korean Air est une super compagnie: malgre des sieges aussi depasses que ceux d’AF, l’experience de voyage n’a rien a voir: repas, service, ambiance… c’est un plaisir de voler avec eux et je les ai souvent utilises a la place de Singapour Airlines sur des destinations intra-Asie. C’est aussi un bon moyen pour atteindre le statut Maximum sur Flying Blue: au lieu de supporter des longs courriers Air France, je prefere profiter de vols Korean Air (avec certes une variance de points versus le bareme publie 😉


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s