Le trou de l’alliance

C’est sans doute le propre d’une alliance : un anneau qui symbolise l’union, et un grand trou au milieu. On aimerait tant croire les bobards du marketing qui vantent l’alliance Skybean et ses avantages mutualisés entre les compagnies membres, mais force est de constater que le passager tombe régulièrement dans des trous sans fond, où personne n’est responsable et aucun avantage promis ne s’applique.

AIr Nap en voyage

Achetez par exemple, en tant que titulaire du statut Maximum de Miles & Blues, le programme de fidélité du français Air Napoléon, des vols de l’américain Dalton Airlines pour Paris-Seattle le vendredi, Seattle-Salt Lake City le samedi et Salt Lake-Paris le dimanche. Sur papier, les compagnies Air Napoléon et Dalton sont associées dans l’alliance Skybean, où le statut Maximum de Miles & Blues correspond à celui de « Débile Plus », qui donne accès aux salons, à l’embarquement prioritaire et au tag jaune pour décorer les bagages. Rendez-vous donc le samedi matin à l’entrée du salon Delta de l’aéroport de SeaTac, armé de votre billet, de votre carte de membre Miles & Blues et surtout d’un passeport en règle : pour se protéger des tricheurs qui cherchent à entrer abusivement, Dalton a transformé le comptoir d’accueil en un poste de police avancé, où sans dire bonjour on exigera votre « ID Please! ». Et vous refoulera aussi vite, car pour accéder au traditionnel mix carottes-céleris-vinaigrette du salon Dalton avec un billet domestique, lorsqu’on est Débile Plus d’une compagnie partenaire, il faut impérativement effectuer un vol international le même jour. Que vous fassiez un tel vol la veille et le lendemain ne rentre pas en ligne de compte, et tant pis pour vous si vous aviez privilégié Dalton sur d’autres opérateurs US croyant que l’alliance Skybean n’avait pas d’aussi gros trous.

Vous pouvez aussi aller à Seattle avec Dalton en partant de Hong Kong. Avec un numéro de vol unique, le 156, mais un arrêt technique à Narita pour changer d’équipage, d’avion, de place et de voisin. Bref, tout se passe comme si vous preniez deux vols avec une escale, sauf que Miles & Blues décomptera les miles à vol d’oiseau sans détour par Narita. Ce qui finalement peut paraître généreux, sachant qu’en passant l’International Date Line vous arrivez à Seattle, dans l’agenda, avant même de décoller. Miles & Blues aurait dès lors avoir pu l’idée tout aussi mesquine de vous prendre des miles, plutôt que d’en donner.

Rendez-vous à nouveau au salon Dalton, de Hong Kong cette fois. En fait, il n’y en a pas, mais la compagnie envoie ses passagers fidélisés dans le salon d’un concurrent. En ne s’intéressant néanmoins qu’aux passagers fidélisés dans son propre programme. Inutile donc d’agiter votre carte Miles & Blues Débile Plus, avec une mappemonde démontrant que Hong Kong, Tokyo et Seattle, ça vous semble plus qu’assez international. Vous êtes cette fois dans un autre trou – le service pare-choc vous dira « une autre règle » – des accords Skybean : l’accès au salon n’est garanti que dans les aéroports disposant d’un salon partagé. Vous pourrez toujours aller, à Hong Kong, frapper à la porte du très peu confortable et très mal achalandé salon Air Napoléon, mais il n’ouvre que 10 minutes avant l’heure d’embarquement du vol 156.

Voyagez ensuite avec le coréen Kung Foo, de Seattle à Manille par exemple, et vous verrez qu’il n’est pas possible lors de l’achat en ligne d’inscrire votre numéro de membre Miles & Blues : seul un numéro du programme SkyMass propre à Kung Foo est accepté. Mieux encore, si vous prenez la peine d’appeler la compagnie par téléphone pour néanmoins indiquer votre numéro Miles & Blues, tout choix du siège ou enregistrement en ligne devient impossible : pour cela un numéro du programme SkyMass propre à KungFu est exigé. Vous serez donc mieux traité en créant à la volée une inscription de passager occasionnel, qu’en indiquant votre statut Maximum de passager très fréquent. Mais ça, le marketing d’illusion Miles & Blues ne vous le dira pas.

Tout comme il négligera la promesse, inscrite sur le billet électronique, d’un nombre de miles conséquent gagné sur le vol. Parce que Miles & Blues est moins généreux que SkyMass, et que c’est lui qui décide ce qui finalement vous revient. Tant pis pour vous si vous aviez fait confiance aux mentions indiquées sur le billet.

Vous pouvez aussi acheter des vols de l’Italien Al Capone, entre Venise et Abu Dhabi via Genève. Aucun n’est opéré par Al Capone, et vous ne gagnerez donc aucun mile. Et à Genève, il faudra passer côté français si vous souhaitez bénéficier du salon Air Napoléon, avec ses sempiternels cakes aux olives vertes, puis embarquer côté suisse. En pratique, je vous conseille la food court de l’aéroport, sauf bien sûr si vous aimez courir vite et longtemps, pour manger du cake sec.

Vous pourriez également combiner la canadien Air Céline, dans un segment en code-share avec le néerlandais HIJ, entre Vancouver et Amsterdam en changeant de terminal à Toronto. Mais ne comptez ni sur le gain de miles, ni sur le choix du siège, ni sur l’enregistrement en ligne, puisque vous combiner ici du Skybean et non-Skybean.

Il y a beaucoup de trous. Et on peut, raisonnablement admettre,  même si les bonimenteurs du marketing prétendent mieux à grand coup de panneaux rouges Sky Hypocrity, même si les deux autres alliances internationales ont réussi à construire des passerelles qui semblent bien plus intégrées, qu’il peut être difficile de coordonner les offres et services d’un réseau international de compagnies parfois associées, parfois concurrentes. Reste que lorsqu’il y a un trou, l’intelligence commerciale voudrait qu’on facilite le trajet du passager fréquent, plutôt que de le pousser dedans.

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1 Response to “Le trou de l’alliance”



  1. 1 Waterloo | Air Napoléon Rétrolien sur 1 septembre 2013 à 11:35

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