Nouvelles du front

Depuis l’annonce (ou, pour être plus correct, la ré-annonce, car il y a déjà eu des précédents) du nouveau siège bizbiz (ou, pour être plus correct, la mise en place chez Air Napoléon des anciens sièges de Cathy Pacific), le marketing Air Napoléon a multiplié les offensives.

Pour se hisser au niveau des compagnies du Golfe, du moins en termes de blabla marketeur, la compagnie promet désormais un « Chef à Bord ». Les habitués de la concurrence ne doivent pas espérer trop vite choisir la cuisson de leur viande comme le proposent leurs compagnies favorites lorsqu’elles utilisent ce slogan. Chez Air Napoléon, le Chef à bord n’est à bord que sur un vol par semaine. Autant dire que c’est comme pour les nouveaux sièges, qu’on ne verra que dans longtemps et sur une petite partie de la flotte : la probabilité d’en bénéficier est aussi faible que le message marketing est vantard. Et le Chef ne vient pas cuisiner, mais discuter avec les passagers. Je suis donc impatient de le rencontrer, pour lui demander s’il est fier de ses bouillies et autres préparations, sans doute préparées avec soin, mais réchauffées en bloc et servies avec leur couvercle plastic ou alu, depuis un vilain chariot de cantine et dans le désordre puisque le dessert arrive avec l’entrée.

Mine de rien, au-delà d’une annonce ridicule d’un marketing dangereux, qui croit encore qu’on peut leurrer les passagers juste avec des mots et sans réel service, l’initiative pourrait conduire les Chefs à revoir leur menu, et surtout à exiger des efforts de présentation dans les assiettes. L’idéal bien sûr serait qu’ils volent aussi de temps en temps avec d’autres compagnies, pour se comparer à leurs cuisines et replacer la gastronomie à la française d’Air Napoléon dans une gamme convenable. La compagnie Malayse Airlines qui promeut une formule « Chef on Call », arrive à reproduire en avion les présentations, très travaillées, qu’elle affiche en photo sur son site web où l’on peut choisir à l’avance son menu parmi une sélection particulièrement variée. C’est la preuve que l’altitude ne réduit pas obligatoirement la nourriture en bouillie réchauffée.

Chef On Call chez Malayse

Chef On Call chez Malayse

Le marketing toujours à l’offensive ne se contente pas de promesses alimentaires. Il va aussi inaugurer, chez HIJ la petite sœur d’Air Napoléon (et bien sûr sur quelques vols uniquement, sans que cela ne l’empêche d’en parler comme si c’était généralisé avec succès) l’embarquement sécurité sociale : celui où on appelle les usagers un par un avec un numéro. On embarquera en priorité les chômeurs avec enfants, puis les délaissés de longue durée (Sky Hypochrity) et enfin les nouveaux inscrits, d’abord ceux du fond côté fenêtre, puis couloir, et ainsi de suite en avançant dans l’avion. C’est une innovation magistrale, issue d’années de recherche sur le parcours moyen d’un passager lambda dans un avion au sol. C’est une innovation jamais vue auparavant, mais que les compagnies charter et US appellent l’embarquement par blocs et pratiquent quotidiennement. Quoique, pour être précis, l’embarquement par blocs ne gère pas de façon optimale l’ordre d’empilage dans la rangée, et il peut arriver que le pax couloir doivent se relever pour que son voisin hublot ou central puisse s’installer.

J’ai l’impression qu’on risque de reporter le problème d’ordonnancement en salle d’embarquement, et n’ose imaginer la situation au le comptoir d’embarquement quand au troisième appel de son numéro le passager 26B ne se sera toujours pas présenté, puis quand il pointera son nez un peu plus tard et qu’on lui expliquera qu’il a perdu sa place et doit reprendre un ticket. Là aussi, je suis impatient de tester l’expérience, surtout quand Air Napoléon l’importera au 2F de Roissy ou dans les bouts de hall d’Orly, qui manquent de sièges, d’espace pour faire la queue et de rigueur pour respecter la séparation entre la ligne prioritaire que toute le monde choisit et celle standard où personne ne va. Mais la France est habituée à faire la queue numérotée à la sécu, à la poste et à la préfecture, pourquoi s’en priver à l’aéroport ?

D’autant que les effets d’annonce sur les Chefs Parfois à Bord et l’embarquement sécurité sociale pourraient suivre la même trajectoire que le Wifi on Air Napoléon. Il est prétendument installé dans un ou deux avions, même si une grande partie du personnel au sol, influencée par les annonces marketing, et même du personnel navigant, pourtant aux premières loges pour constater son absence, semble persuadée que toute la flotte en bénéficie, du moins quand on leur explique que certains concurrents le proposent effectivement dans un grand nombre de leurs avions. Et la généralisation, qui est désormais plus qu’hypothétique, est reportée faute de succès sur la formule de test. Le côté pratique du wifi, du CPB ou de l’ESS, c’est donc d’avoir des choses à dire dans le magazine autoglorifiant de la compagnie, et dans les communiqués de presse adressés aux journaux français d’autant plus prompts à les relayer positivement qu’Air Napoléon est un de leurs gros clients.
Reste que l’essentiel est peut-être ailleurs. Il y a sans doute la sécurité : on en fait beaucoup chez Air Napoléon, surtout pour justifier l’inconfort et les interdictions de penser, mais la compagnie reste parmi les plus meurtrières de ce siècle. Les passagers attendent de la ponctualité, sur laquelle je pense être chanceux, car je n’ai pas vécu de grand problème depuis longtemps, quel que soit le transporteur, même si ma fiche de synthèse sur les écrans des conseillers Miles & Blues affiche 10% de retards sur les douze derniers mois. Il y a enfin et surtout le service, et ce n’est certainement pas en numérotant les passagers à l’embarquement que l’on va faire émerger la culture client dans un groupe qui en manque cruellement.

A défaut de se battre sur ce critère essentiel, et en parallèle de ses effets d’annonce, le marketing d’Air Napoléon utilise peut-être d’autres approches pour capter des clients. Vendredi matin, je cherchais des horaires et tarifs pour un WE à Séville du 7 au 9 mars, en partant de Paris. Sur le site Expulsa.fr, on vous propose une compagnie. Uniquement. Avec exactement les mêmes critères sur Expulsa.be, à quelques minutes d’intervalle, la recherche renvoie huit alternatives, dont certaines bien moins chères et meilleures.

Expulsa.be

Expulsa.be

Expulsa.fr

Expulsa.fr

Bon vol !

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2 Responses to “Nouvelles du front”


  1. 1 Loulou 21 mars 2014 à 12:15

    C’est un scandale! Ce blog est vraiment à la traîne, déclinant, arrogant et incapable de remettre l’utilisateur au centre! A quand un moteur de recherche pour retrouver des post par mots clés? Vos concurrents le proposent depuis longtemps. Je recherche le post sur Air Michelle, comment le trouver?

    • 2 BTA 26 mars 2014 à 03:38

      C’est vrai ça! devant le déclin inéluctable de sa propre compagnie, je soupçonne le PDG d’Air Napoléon d’avoir déserté et d’emprunter les vols de la concurrence : Katarina Airways, Malia Asia, Britney Airways, Finnegan, Air Berlande et sa cousine Nikita, ainsi qu’Ibérénice. Au delà du benchmark je le crois coupable de faire un status run pour atteindre le statut Diamond de chez One Word…


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