Consigne à champagne

La tradition, lors des voyages organisés par la Bizbiz Travel Agency, est de s’offrir un verre de champagne duty free sur la plage ou au bord de la piscine. Elle a pu être respectée cette fois encore, mais il a fallu compter sur le sens développé du service d’un chef de cabine Batar Airways, une compagnie établie à Doha, Qatar.

Le fait est que ce pays interdit l’alcool sur son territoire. Les bouteilles de champagne made in France que j’avais prévues pour la palme à Dubai, passées sans encombre en Belgique (pour participer avec plaisir à des retrouvailles d’anciens élèves et un brunch en famille), puis par Rome (pour avoir le dernier vol partant le samedi soir d’Europe, opéré par Batar, même s’il se fait en A320 peu confortable pour un trajet de plus de cinq heures) ont débarqué sous 39 degrés centigrades tôt un dimanche matin, jour ouvré à Doha. Elles n’ont pas échappé à la vigilance de l’employée des douanes, qui a ordonné leur consignation immédiate. Et ont attendu leur propriétaire dans une salle climatisée du terminal bleu des arrivées, le temps d’une escale de 24 heures en costume-cravate sous 50 degrés, l’impression de cuisson étant renforcée par des bouffées d’air plus chaud provenant du désert.

Lundi matin à l’aube, il ne fait plus que 35 degrés. Le passage à la douane pour entrer dans le terminal jaune des départs se fait au compte-goutte : le personnel change de poste chaque fois qu’il a tamponné trois ou quatre passeports. Ensuite, il faut atteindre le comptoir des transferts, devant lequel s’étend une queue interminable de passagers tous nerveux et pressés. C’est là qu’il faut demander la déconsignation des bouteilles de champagne, qu’un employé de la compagnie va alors chercher dans la réserve climatisée du terminal des arrivées, et ramène vingt ou trente minutes plus tard. Car il faut savoir que l’aéroport international de Doha est avant tout un aérobus : tous les avions sont au large, et un balai incessant de bus les relie aux terminaux jaune des départs et transferts, bleu des arrivées, bordeau des classes bizbiz et pluschère et vert des destinations COI. Les bus partagent la route avec d’autres véhicules, notamment les chenilles à bagages, aussi ils se meuvent plutôt lentement, sur un circuit d’asphalte, de feux et de carrefours giratoires qui quadrille le désert.
Une organisation intelligente aurait été de collecter le formulaire de déconsignation au check-in, et d’envoyer le coursier faire un tour de bus entre les terminaux et les pistes pendant que le passager fait le contrôle des passeports. Mais la collecte se fait au desk de transfert uniquement et, sauf à commencer son parcours la veille du départ, pour avoir le temps de passer le contrôle d’identité et de remonter toute la queue des transferts, on vous dit quand vous y arrivez enfin que « c’est trop tard, le coursier n’aura pas le temps, car c’est depuis longtemps l’heure d’embarquer ». Et voilà comment on se retrouve sans ses bouteilles pour le dernier segment, de Doha à Dubai.

A défaut d’être organisé intelligemment, on peut avoir le sens (et la liberté) d’initiative. Quelques mots au chef de cabine du vol Batar Doha-Dubai lundi 7h05 à propos d’un check-in trop lent, d’une attente trop longue au guichet des transferts et d’une procédure mal pensée pour récupérer les objets confisqués par la douane ont eu pour réponse immédiate sa proposition de se retrouver, à l’arrivée à Dubai, au magasin duty free près des tapis à bagages. Où Batar Airways a offert deux bouteilles de champagne de remplacement, en toute simplicité et sympathie, à l’image de l’obsession de la compagnie à donner un bonbon au décollage, un coussin et une collation chaude pour un vol d’une heure en classe éco.

Mercredi, une fois de plus à l’aube, à l’embarquement à Dubai du vol retour pour Doha puis Paris, l’hôtesse me propose de courir un peu, pour prendre le vol précédent. Ainsi j’aurai bien le temps de récupérer à Doha les bouteilles consignées à la douane dont il est fait mention dans mon profil client. Dans un monde où les réseaux sociaux nous informent des faits et gestes de tous nos amis, qui écoutent de la musique en Espagne, profitent d’une promo au 7-el à Tokyo ou soutiennent l’un ou l’autre candidat à Charlotte, il n’est pas vraiment étonnant qu’un rapport de vol effectué le lundi permette de donner les bonnes indications pour aider le client le mercredi. Mais je suis habitué au traitement des problèmes par un service pare-choc distant et inefficace, et j’avoue qu’il a fallu que l’hôtesse répète sa proposition pour que je me mette à courrir.

Le passage à Doha, au terminal bordeau car j’avais cette fois un billet bizbiz sur l’ensemble des segments, c’est déroulé sans encombre. Une hôtesse à l’accueil du terminal à pris mon formulaire de consignation, et m’a guidé au salon, où l’on m’a servi une assiette de fruits et une omelette. J’ai demandé des champignons, ils sont arrivés aussitôt avec un verre de jus de fruits. Rassasié, j’ai rejoint la porte d’embarquement, reçu mes bouteilles de champagne récupérées de la consigne, et pris le bus, comme il se doit, pour rejoindre l’avion pour Paris. Même si le menu de ce vol du matin proposait un choix varié de starters et de plats (Air Napoléon qui n’offre qu’une entrée unique prétend que ce choix allonge le service et n’est donc pas apprécié des passagers, ce qui revient à réduire ses coûts, ne pas l’avouer et en plus en faire porter la responsabilité par ses clients), j’ai repris une assiette de fruits, puis une omelette au fromage. J’ai cette fois aussi demandé des champignons, ils sont arrivés aussitôt avec un verre de jus de fruits. Quelle que soit l’émergence des réseaux sociaux, les promos japonaises ou les résultats des élections aux US, ça me semble exceptionnel de pouvoir demander et obtenir un supplément champignon sur une omelette en altitude. Air Napoléon nous habitue à entendre en bizbiz qu’il n’y a plus de ginger ale, puisque moi et ma voisine l’avons bu en apéro, et que mon choix de plat n’est plus disponible, mais qu’il reste l’autre option. J’ai donc encore demandé des champignons lors du service avant l’aterrissage, et d’ailleurs aussi du ginger ale, mais sans trop les consommer car je n’avais plus très faim.

Si à Doha on compte les bus, à CDG 1 où je suis arrivé, avec deux bouteilles de champagne réimportées, on compte toujours le nombre de tours qu’on parcourt dans cet aéroport cylindrique. Un demi entre la porte d’arrivée et le contrôle d’identité, un autre demi pour monter à l’étage des tapis à bagages, un demi aussi pour trouver son tapis, un autre demi pour passer aux toilettes, un demi encore pour se présenter à la douane et un dernier demi pour aller porte 24 attendre le taxi. Qui pour quitter le terminal commence par en faire le tour !

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6 Responses to “Consigne à champagne”


  1. 1 frwstar2 8 septembre 2012 à 12:34

    Merci.

    Effectivement quand on à pris l’habitude de service d’Air Napoléon, une chose aussi simple qu’un supplément champignons, le choix du plat principal même en étant le dernier à être servi nous étonnera toujours et cela quelque soit la classe de voyage.

    Pour les bouteilles de champagne gratuites, normal. Batar Airways a :

    -Le pétrole gratuit
    -Des PNC PNT sous payés et logés dans des cages à lapin sous les pistes
    -Des avions non entretenus
    -Des installations aéroportuaires gratuites

    C’est bon j’ai cité les traditionnels poncifs sur les Cie du Golfe ?

    • 2 Air Napoléon 8 septembre 2012 à 15:51

      Cher frwstar2,
      Vous connaissez parfaitement la concédure 33 du Manuel des Réponses Automatiques d’Air Napoléon pour justifier que les compagnies du Golfe font mieux pour de mauvaises raisons. Je n’aurais pas pu mieux l’écrire que vous mais j’ai aussi entendu des arguments sur la fiscalité négative (celle qui rembourse les impôts) et le sens du vent qui souffle toujours dans la bonne direction pour les compagnies du Golfe.
      Question subsidiaire : le supplément champignons, ça marche aussi chez Ariana, est-ce que cela signifie que la Corée du Sud se situe dans le Golfe ?

  2. 3 BBTA - Dubai offices 8 septembre 2012 à 23:45

    Votre bizbiz travel agency ne vous aurait elle pas induit en erreur? le terminal bizbiz et lapluschère de Canard Airways est bourgogne et non bordeau. Celà traduirait-il une préférence de terroir? A en croire votre récit vous ne vous préoccupez que du champagne!

  3. 5 frwstar2 9 septembre 2012 à 14:41

    Air Napoléon,

    Pour les Cie Asiatiques, les PNC travaillent 20 heures par jours 8 jours par semaines. En plus ils sont tous maigres à avoir la peau sur les os donc normal que l’on puisse embarquer un surplus champignons pour les gros PAX obèses d’Europe et d’Amérique du Nord qui réclament double ration.

    Pour la fiscalité négative je l’ignorais. Merci pour l’information. Je vais de ce pas la colporter sur un célèbre forum francophone de voyage Canadien.


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